Désert bleuté

Désert bleuté

Azamara | Publié le 15 janvier 2012

EMBARQUEMENT À BORD DE L’ARANUI 3, CE CARGO MIXTE QUI ASSURE LE RAVITAILLEMENT DES LOINTAINES ET MYTHIQUES ÎLES MARQUISES DANS LE CADRE D’UNE CROISIÈRE INCOMPARABLE DE 13 NUITS DANS L’INFINI DU PACIFIQUE.

JOUR 1 DÉPART DE PAPEETE, TAHITI, À 11H00

JOUR 2 STOP À FAKARAVA, ARCHIPEL DES TUAMOTU, DE 08H00 À 10H30

JOURS 3 ET 12 EN MER

JOURS 4 À 11 MARQUISES

JOUR 13 RANGIROA, ARCHIPEL DES TUAMOTU, DE 09H00 À 15H00

JOUR 14 DÉBARQUEMENT À PAPEETE, TAHITI, À 08H00

Hormis une pause baignade de deux heures et demie à Fakarava, deuxième plus grand atoll de l’archipel des Tuamotu de la Polynésie française, nous aurons navigué trois jours durant dans l’immensité du Pacifique avant de rejoindre les Marquises, ces îles hors du temps glorifiées jadis par le peintre Paul Gauguin et plus récemment, par le chanteur-compositeur Jacques Brel.

Hormis une embarcation de pêche croisée deux heures après notre départ de Papeete, la capitale de Tahiti, nous n’aurons vu absolument aucune âme qui vive, ni navire, ni avion, durant ces trois jours en solitaire. Comme si nous étions seuls au monde, une sensation rarissime en ces temps modernes.

La Polynésie française comporte cinq archipels, dont les Marquises situées à plus de 1 500 kilomètres au nord de Papeete. Cet archipel regroupe une douzaine d’îles, dont six sont habitées par moins de 9 000 personnes, soit à peine un peu plus de 3% de la population totale de la Polynésie française. Seul moyen de ravitaillement aux Marquises, l’Aranui 3 fait donc escale plus d’une quinzaine de fois par année dans toutes ces îles, et dans certains cas, deux fois plutôt qu’une au cours d’une même croisière. Étrange de penser que parfois, comme lors de l’escale à l’île de Fatu Hiva, les passagers de l’Aranui 3 sont pratiquement les seuls visiteurs à se rendre dans ce lieu isolé.

Quand on pense à la Polynésie française, des images de lagon vert émeraude et de plages de sable blanc immaculé nous viennent spontanément à l’esprit. « Je vous préviens, il n’y aura pas beaucoup de baignade au cours de ce voyage », nous dit en début de croisière une des guides dévouées de l’Aranui 3, Yamila Mahagafanau.

C’est que les Marquises ne sont pas des atolls ou îles basses ceinturées de lagons, au contraire de Bora Bora, par exemple. Ce sont des îles volcaniques au relief accidenté, aux falaises abruptes, aux vallées profondes, à la végétation extraordinairement luxuriante, aux cocotiers d’une hauteur si vertigineuse et aux plages de sable noir ou de galets, la plupart infectées de nonos, des insectes voraces. si bien que les palmes, masques et tubas que nous prête la direction de l’Aranui 3 ne serviront qu’une seule fois aux Marquises (contre deux fois en deux escales aux Tuamotu) dans le cadre d’une courte incursion aquatique à côté d’un quai de débarquement, avec force courants sousmarins. Cela dit, la chaleur est au rendez-vous, avec une température moyenne de 28 degrés Celsius.

À notre réelle solitude dans le désert bleuté de l’océan Pacifique s’ajoute la perte des notions du temps et d’espace. Personne, en effet, ne réussit à se remémorer l’itinéraire comportant 14 escales, encore moins lorsqu’on ajoute le nom des villages, en raison de l’abondance de voyelles dans les langues polynésienne et marquisienne. Si bien que nous ne savons plus très bien quand et où nous sommes, ou avons été. Et ma foi, on fait très bien avec, en toute insouciance polynésienne.

Nous sommes une petite communauté de quelque deux cents personnes réunies par la passion de la découverte à ressentir cette vive sensation de solitude : 120 passagers et 65 membres d’équipage de l’Aranui 3, un cargo-mixte jaugeant 3 800 tonnes et pouvant transporter jusqu’à 2 500 tonnes de fret et 200 passagers. Effet de solitude aidant, rapidement, de petits groupes se forment parmi les passagers, la plupart en fonction des nationalités, fort variées lors de cette croisière effectuée à la mi-août 2011 : Français, Australiens, Néo-zélandais, Allemands, Italiens, Canadiens, Québécois… si bien que les communications se font en trois langues à bord (français, anglais et allemand, parfois aussi italien et polynésien).

Car il y a non seulement des étrangers et des résidents polynésiens qui tentent l’aventure de cette croisière incomparable, mais aussi des locaux qui s’ajoutent pour quelques nuits au gré des escales. Pour ma part, j’ai eu la chance de rencontrer dès le premier matin, autour d’une délicieuse tarte aux abricots proposée avec sourire par une vahiné de Fakarava, ce qui allait constituer le noyau de ma vie sociale à bord de l’Aranui 3 : un formidable trio composé d’une Marquisienne à l’allure mélancolique, d’une déroutante vahiné de Moorea et d’un fort sympathique Français, avec qui je partagerai plats, confidences et fous rires dans un espace réduit.

Car toute la partie avant de l’Aranui 3 est dédiée aux marchandises sur laquelle trônent deux immenses grues. On y trouve de tout à l’aller – dont des quantités industrielles de sodas hyper sucrés, des matelas pour la gendarmerie et même des voitures – et essentiellement du coprah (noix de coco séchées) au retour à Papeete. Mine de rien, la partie arrière du navire comporte neuf ponts, dont l’un réservé à l’équipage, deux aux occupants des 14 suites et neuf cabines de luxe du navire, et trois aux occupants des 64 cabines standards et des deux dortoirs abritant une vingtaine de couchettes.

Si bien que la vie sociale se déroule essentiellement sur deux ponts : le pont restaurant avec sa salle à dîner, et le pont embarcation avec son lounge (avec biscuits et gâteaux en fin d’après-midi, et café ou thé à volonté jour et nuit), sa petite bibliothèque (avec surtout des livres en anglais et des revues principalement locales), sa micro boutique, sa piscine extérieure et sa zone de détente et bronzage. S’ajoutent un petit bar, un salon attenant et une autre zone de détente au 7e pont baptisé promenade. Voilà le point d’observation idéal pour les spectaculaires levers et couchers de soleil. La piscine est protégée des vents par notamment la longue et massive cheminée du navire qui jaillit vers le ciel.

Le plaisir est palpable à la salle à dîner de l’Aranui 3 qui propose une cuisine plus que délicieuse servie avec brio par cinq membres d’équipage au sourire contagieux, aux impressionnants tatouages et aux vêtements aux couleurs éclatantes. Après l’entrée (souvent une salade) défilent ainsi jour après jour des plats d’inspiration française et polynésienne, viandes et poissons en alternance, gigot d’agneau, filet de boeuf au vin rouge, linguinis aux crevettes et mousseline de poisson, papillote de thazard sauce coco, bouillabaisse d’espadon aux légumes ou pavé de saumon sur son nid de fafa (jeune feuille de taro). Le tout couronné par un dessert toujours exquis, comme une tarte tatin, une coupe de litchis ou un bavarois à la mangue. Un soir, nous aurons la chance d’être invités par un passager local à partager le fruit de sa pêche du matin, une carangue de bonne taille apprêtée en sauce aigre-douce.

Les repas sont à heure fixe, selon la formule buffet au petit déjeuner, avec un seul service et un seul menu les midi et soir. Des arrangements pris au préalable permettent aux passagers souffrant de problèmes de santé de se voir servir des plats spéciaux. Les têtes à têtes sont possibles, bien que les tables soient prévues pour quatre ou huit personnes.

Afin de mieux découvrir la cuisine locale, la direction de l’Aranui 3 a la bonne idée de prévoir des repas dans quatre restaurants marquisiens à l’heure du midi, en plus d’un barbecue dans une autre île des Marquises. Sans oublier un pique-nique sur la plage à la dernière escale, celle de rangiroa dans l’archipel des Tuamotu, avec du mérou et un poisson-perroquet, pêchés le matin même, dans le lagon comme plats vedettes.

Qui dit cargo, dit décoration minimaliste. Les cabines standards sont néanmoins confortables avec un petit hublot, l’air conditionné, une salle de bain avec douche, deux lits simples, une télévision, un coffre-fort, une commode de rangement et une petite table en bois pâle ainsi qu’un tableau pour égayer les murs blancs. Les suites comportent un lit double, un réfrigérateur, une salle de bain avec baignoire, de grandes fenêtres et un balcon privé. Toiles originales, reproductions d’affiches de cinéma, d’événements culturels ou d’oeuvres de Gauguin, tatas (toiles sur écorce d’arbre) avec personnages tatoués ornent les couloirs et espaces publics du navire.

On ne s’ennuie guère à bord de l’Aranui 3 qui a été lancé en mer en mars 2003. Au fil du temps, la direction du navire – une entreprise familiale de Papeete qui a vu le jour en 1954 et qui exploite cette liaison vers les Marquises depuis 1985 – a mis au point une formule de découvertes à terre éprouvée et super bien rodée (comme vous le constaterez dans les pages suivantes). S’ajoute une panoplie d’activités à bord à caractère culturel : cours de ukulélé, de percussions, de chant et de danse en prévision du spectacle livré par une vingtaine de passagers lors de la grande soirée polynésienne, atelier de confection de chapeaux et de colliers, séminaires et films sur l’histoire de la Polynésie, sessions d’information sur l’escale du lendemain, spectacles tous les deux soirs de l’Aranui Band composé de marins transformés en guitaristes et chanteurs inspirés, karaoké les autres soirs, défilé de mode de la part d’une dizaine de passagers pour présenter les vêtements de la boutique.

Le soir venu, des marins, les mêmes le plus souvent, viennent au bar faire étalage de leur savoir-faire en matière de danse auprès de la gent féminine. D’autres se réunissent des heures sur le pont arrière extérieur, assis en cercle autour d’une Hinano, la bière locale.

« Vous participez à la randonnée ?», se demandent des passagers entre eux. C’est que presque tous les jours d’escale aux Marquises, huit au total, une randonnée pédestre facultative est prévue au programme d’activité à terre. Une activité à laquelle participe de bon coeur la majorité des passagers, malgré l’âge avancé de certains, et qui va en crescendo. Petite promenade de quarante minutes à la première escale marquisienne, le double à l’escale suivante et rude trajet de quatre heures à l’escale de Fatuiva, avec deux heures de montée et deux heures de descente à forte inclinaison, souvent sous un soleil de plomb. « Grand fainéant», me dit avec tendresse ma compagne de table marquisienne en apprenant le premier matin que je ne fais pas partie du groupe des marcheurs. Le ton était donné avec les femmes de ces îles à l’histoire tourmentée tendres et dures, mélancoliques et enjouées, farouches et ricaneuses.

Tant à bord qu’à terre, les passagers sont encadrés par une équipe de guides aux connaissances encyclopédiques et d’animateurs à la joie de vivre perpétuelle. Équipe polyglotte d’autant plus talentueuse que, avec certains marins, elle se transforme en artistes doués à la moindre occasion de divertissement. Comme l’animateur-danseur-guitariste-chanteur Manarii Maruhi et la guide-danseuse-guitariste-chanteuse Yamila Mahagafanau livrant sur la plage de Tiputa, à rangiroa, une vibrante et poignante version d’un succès d’un chanteur populaire, une version encore meilleure que l’original à mes oreilles de néophyte polynésien.

Tout est compris dans le prix de la croisière à bord de l’Aranui 3, à l’exception des consommations de sodas, de jus (inclus au petit déjeuner), de vins (inclus au repas du midi et du soir), d’alcool, des achats en boutique, des activités de pêche (en haute mer, en lagon ou côtière) ou du cheval (lors d’une seule escale toutefois). Trois lessives gratuites sont offertes au cours de la croisière, selon un système simple : on remplit un filet de tous ses vêtements, à l’exception des sous-vêtements et chaussettes.

Le dernier soir de croisière, il est de tradition d’inviter un marin à notre table. Un petit groupe a l’idée d’aller encore plus loin en remplaçant les serveurs du restaurant, ce qui leur permettra d’avoir eux aussi un soir de répit bien mérité et aux passagers volontaires de combattre le spleen de fin de croisière par un autre moment intense et inoubliable. C’est aussi l’ultime occasion de se parer de toutes ces couronnes et colliers – en fleurs, en coquillages, en pierres, en os de vache, en bois, en feuillages –, reçus en guise de cadeau de bienvenue dans certaines îles ou achetés dans des centres d’artisanat. Certains se présentent en plus avec de faux tatous achetés à la boutique du navire, ça fait tellement marquisien après tout !

L’ÎLE AUX PILIERS VOLCANIQUES

JOUR 4 UA POU (HAKAHAU DE 07H00 À 14H30 ET HAKAHETAU DE 15H30 À 17H30)

JOUR 11 (HAKAHAU DE 13H00 À 15H30)

Inutile de dire qu’après trois jours en mer, la moindre parcelle de terre est la bienvenue. Mieux encore, nous avons droit comme premier contact visuel avec les Marquises à la fabuleuse baie de Hakahau, sise sur l’île de Ua Pou, surnommée l’île cathédrale en raison de la présence d’une dizaine de longs piliers volcaniques qui percent l’horizon.

Faux départ, toutefois, en débarquant à terre. Je me promène dans le petit village de Hakahau en me disant : tout ça pour ça ! Tout ce chemin pour quelques mornes bâtiments administratifs comme on en retrouve partout sous les Tropiques. La présence du centre d’artisanat avec son toit en pandanus et l’intérieur de la mairie avec son exposition de costumes traditionnels m’empêche d’être totalement dépité.

Ma déception s’estompe quand j’arrive au restaurant Chez Tata Rosalie après avoir emprunté une route secondaire bordée de fleurs odorantes à profusion. M’y attend un copieux buffet composé de chevrettes, de cochon, de boeuf, de pieuvre, de poisson cru mariné au lait de coco, de fruit à pain, de banane cuite, de banane poe (pudding). Buffet précédé d’un spectacle de danse, la femme exécutant des mouvements gracieux à l’ombre d’un arbre fruitier, les hommes, des gestes à connotation guerrière en plein soleil. Quand je ferai la remarque à la danseuse en question, elle répliquera dans un fou rire typique : « C’est normal, non, que la femme soit à l’abri du soleil ? »

Au moment de quitter Hakahau, une ribambelle d’enfants s’adonne à un jeu sidérant : s’accrocher à l’une des cordes d’amarrage de l’Aranui 3 le plus longtemps possible, tomber à l’eau quand la corde devient tendue et chercher à recommencer jusqu’à épuisement.

Ma déception du début d’escale s’effacera totalement pour ne plus revenir, à partir de la seconde escale à Ua Pou, l’après-midi même. Accueillis au quai ceinturé d’énormes rochers de basalte par des enfants curieux, nous nous promenons sur la seule route de ce village sis au fond d’une vallée d’une beauté sidérante avec, en prime, le déhanchement naturel de cette passagère vahiné au regard de braise qui déambule devant moi avec nonchalance dans sa jupe si joliment moulée. Visite éclair d’un ancien séchoir à coprah, de l’église, d’un petit musée historique et du centre d’artisanat, et nous devons déjà quitter cet éden. Voilà, la magie marquisienne vient de me happer.

C’est avec plaisir que je reviendrai à Ua Pou la semaine suivante dans le cadre de la dernière escale de l’Aranui 3 en terre marquisienne. Outre l’achat de colliers, je dégusterai en bonne compagnie une onctueuse tarte à la banane dans un magasin d’alimentation tenue par une Polynésienne mariée à un Australien, événement anodin qui se rendra aux oreilles du responsable de la salle à dîner du navire, rappel que les îles sont bien petites.

JOURNÉE SAFARI

JOUR 5 NUKU HIVA (TAIOHAE, HATIHEU ET TAIPIVAI DE 07H30 À 16H15)

JOUR 11 (TAIOHAE DE 06H00 À 09H45)

Du haut de la montagne, la vue sur la baie de Taiohae qui s’étale sur quatre kilomètres est époustouflante. Parti de Taiohae, la capitale administrative des Marquises, une demie heure plus tôt, notre convoi composé d’une trentaine de 4 X 4 (à raison de quatre ou six passagers de l’Aranui 3 par camion) fait un arrêt au milieu de l’ascension de la principale montagne de Nuku Hiva, notre deuxième escale aux Marquises.

Nous venons de visiter la cathédrale de Taiohae, un édifice en pierre et bois sculpté, et nous nous dirigeons vers le meae (endroit de culte sacré) de Kamuihei dans le cadre d’une journée-safari fort chargée.

Le chauffeur de notre 4 X 4 s’avère un grand amoureux de la culture marquisienne axée principalement sur la danse, les chants, la sculpture et le tatouage, culture qui, depuis les années 1980, est célébrée avec éclat tous les quatre ans dans le cadre d’un festival réunissant des gens de tout le Pacifique… après avoir failli disparaître. En effet, la population des Marquises a chuté dramatiquement en un siècle et demi, passant de quelque 100 000 personnes en 1774, selon l’évaluation de l’explorateur britannique James Cook, à 20 000 en 1842, date du premier recensement officiel, et à seulement 2 000 en 1923 sous l’effet cumulé des maladies contagieuses apportées par les Blancs, des épidémies de grippe espagnole et de variole, de l’alcoolisme, de la mauvaise alimentation et du manque d’hygiène dans les soins aux nourrissons. Aujourd’hui, la population marquisienne est remontée à 9 000 personnes.

Le spectacle de danse auquel nous assistons aujourd’hui au meae de Kamuihei, l’un des plus importants sites archéologiques des Marquises, se déroule sous les frondaisons d’un immense banyan, vieux de 400 ans. Érigé au fond d’une vallée, en plein milieu d’une forêt dense, le site est magnifique. Mais j’ai du mal à l’apprécier pleinement en raison de la présence de nonos, de la chaleur qui m’accable – ce qui fait rigoler des Marquisiens pour qui la température est fraîche en ce mois d’août –, et des fantômes du passé, puisque ce site a été le théâtre de sacrifices humains. On y dénombre plusieurs dizaines de pétroglyphes, ces pierres sur lesquelles ont été dessinés poissons, tortues ou motifs abstraits.

Vivement le repas, puis la baignade à la plage de sable noir de Hatiheu située tout juste devant Chez Yvonne, réputé être l’un des meilleurs restaurants de toutes les Marquises. Notre convoi s’y arrête. Les spécialités de la maison ? Langoustes géantes (mais nous sommes malheureusement hors saison) et cochon cuit dans un four marquisien. Celui-ci a été creusé tôt ce matin dans un grand trou dans lequel on a inséré des pierres volcaniques sur lesquelles ont été disposées des feuilles de bananier, des bananes roses et des cochons à plat ventre, têtes comprises. Le tout a été recouvert d’une couche de feuilles de bananier, de sacs de jute et de terre volcanique. Nous arrivons pile au moment où le four est ouvert après quelque quatre heures de cuisson.

Nous croisons Pierre Otino, un sympathique archéologue français qui a consacré les vingt dernières années de sa vie à remettre en l’état des sites archéologiques marquisiens délaissés et à construire un petit musée historique non loin de Chez Yvonne.

Certains passagers optent pour la baignade, d’autres pour la randonnée jusqu’au col de Anaho, puis jusqu’au meae Paeke où se trouvent d’innombrables tikis. Les tikis sont des statues représentant des divinités que l’on retrouve non plus seulement dans les sites archéologiques, mais aujourd’hui partout. Sculptées dans la pierre ou le bois, ils servent souvent de piliers extérieurs ou intérieurs aux édifices modernes.

Au retour vers le navire maintenant amarré dans la baie de Taipivai, je découvre différents types de musique marquisienne, tant traditionnelle que moderne, en écoutant radio Marquises dans la camionnette d’une charmante Marquisienne, grande amateur de chansons d’amour et romantique à souhait.

REFUGE DE BREL ET DE GAUGUIN

JOUR 6 HIVA OA (ATUONA DE 08H00 À 14H00)

JOUR 8 (PUAMAU DE 08H30 À 11H30 ET HANAIAPA DE 14H30 À 16H30)

La voix du célèbre chanteur-compositeur belge résonne dans l’espace Jacques Brel, établi dans un hangar jouxtant la baie de Atuona, la capitale de l’île Hiva oa. En plein centre du bâtiment trône l’avion aujourd’hui sauvé de la casse et rénové qu’il utilisait à la fin des années 1970 pour livrer le courrier dans différentes îles des Marquises, transporter des malades et se donner de grands frissons aux derniers mois de sa vie. La visite de ce lieu ainsi que du cimetière dans lequel il repose au sommet d’une colline surplombant la ville d’Atuona est émouvante. Brel avait des projets plein la tête pour les habitants de l’île de son dernier repos, certains qu’il a eu le temps de mettre à exécution, comme diffuser des films en plein air pour la première fois de l’histoire de Hiva Oa, d’autres non réalisés comme la création d’Air Marquises.

Tout à côté se trouve le Centre culturel Gauguin consacré à l’autre résident renommé de l’île, Paul Gauguin, grand peintre, mais pédophile avéré comme le rappelle sa Maison du Jouir reconstituée. Construit dans une magnifique bâtisse en bois, le centre culturel ne comporte toutefois aucune oeuvre originale, même pas sur une base temporaire en raison du taux élevé d’humidité.

La journée se termine dans un autre restaurant local, baptisé Hoa Nui, où nous sommes accueillis à l’entrée par deux fillettes distribuant une tiare aux passagers de l’Aranui 3. Le buffet est là aussi très costaud, merci, avec une quinzaine de plats d’inspiration polynésienne, chinoise et française. Si bien que chacun y trouve son bonheur.

Le surlendemain, l’Aranui 3 revient à Hiva oa, mais s’amarre dans deux autres baies au cours de la journée : Puamau le matin, au cours duquel nous visitons un autre site archéologique majeur abritant le plus grand tiki de Polynésie, à l’exception de ceux de l’île de Pâques. Puis, nous revenons au navire à pied après une pause baignade rafraîchissante. Et très courte escale à Hanaiapa l’après-midi, petit village dont nous faisons rapidement le tour. On réalise alors l’importance de l’Aranui 3 qui ravitaille par la mer des endroits n’ayant aucun lien terrestre avec le reste de l’île. sur le chemin de retour vers le navire, j’aperçois pour la première fois une vahiné en train de pêcher son prochain repas. Et quelques chevaux paître paisiblement au pied de filiformes troncs de cocotiers.

Le guide Steven informe ceux voulant utiliser leurs palmes, masque et tuba qu’il y a possibilité de voir des raies mantha à environ 150 mètres du quai où nous prendrons tantôt la barge pour rejoindre le navire en rade. Comme je suis alors seul et que les courants sousmarins me plaquent vers les récifs de la côte, je me contente d’observer une dizaine de sortes de poissons dans les environs du quai. C’est la seule fois de ce voyage que je m’ennuie du lagon à ciel ouvert de Bora Bora.

L'ÎLE AUX TAPAS

JOUR 7 FATU HIVA (OMOA DE 08H15 À 11H45 ET HANAVAVE DE 14H30 À 16H00)

Notre compagne de table marquisienne nous quitte ce matin, descendant à Omoa rejoindre sa famille. Elle nous a promis qu’elle viendrait nous accueillir lors de la courte escale de l’après-midi à Hanavave, ce qui l’obligera à traverser une partie de l’île de Fatu Hiva.

Après un spectacle de danse destiné à des officiels des gouvernements français et polynésien devant la mairie de omoa, nous avons droit à une démonstration de préparation de tapas. À défaut de coton ou de laine, les Marquisiennes ont toujours eu recours à des fibres végétales. Après avoir extrait l’écorce d’une branche de mûrier, d’arbre à pain ou de banyan, elles en retirent l’aubier, cette écorce intérieure d’une grande souplesse. Elles frappent ensuite cette matière durant des heures afin d’en augmenter le plus possible la surface, puis elles le lavent avant de le faire sécher au soleil. Il en résulte une peau servant soit à la confection de vêtements résistants, soit à la création de toiles sur lesquelles sont ajoutés des motifs ou figures souvent très élaborés et toujours fort esthétiques.

La démonstration a lieu en face d’une belle demeure coloniale, la Maison Grelet du nom de sa propriétaire. En y pénétrant, nous sommes plongés des décennies en arrière, avec ces meubles d’une époque révolue ainsi qu’une belle collection d’objets d’art, d’ustensiles artisanaux marquisiens et de kooku de toutes tailles (des récipients en bois délicatement sculpté).

C’est aujourd’hui que les randonneurs de l’Aranui 3 sont appelés à se surpasser avec ce parcours de 17 kilomètres entre les vallées de Omoa et de Hanavave. Certains des quelque 70 participants (sur 120 passagers) arriveront cinq heures plus tard à Hanavave les genoux dans les talons. Non seulement notre compagne de table marquisienne a tenu parole, mais elle nous accueille à Hanavave avec un magnifique collier fait de fleurs et de paille, censé avoir un puissant pouvoir d’attraction sur les vahinés du coin. Est-ce ma piètre performance à la danse du village qui a l’heur de décourager les éventuelles prétendantes ? Mais non, c’est la trop grande brièveté de l’escale, seulement 90 minutes, qui empêche cet apparat de faire son plein effet, dirons-nous. En recevant ce collier autour du cou, je pense aux paroles de ce gendarme croisé un peu plus tôt dans le village de Hanavave en train de cueillir des citrons : « Les Marquisiens ont le coeur sur la main. »

Sur le quai même, deux Marquisiens font une démonstration de la fabrication du monoï. Il s’agit de rapper de la noix de coco, d’en extraire le lait qui est ensuite macéré au soleil, puis d’y ajouter un parfum – fleurs de tiare, vanille, poudre de bois de santal –, et le tour est joué. Il faut, semble-t-il, quelque 20 noix de coco pour produire un litre de monoï qui sert tant de protection solaire que de parfum.

Dans la barge qui nous ramène à bord de l’Aranui 3, nous voyons d’abord notre compagne de table marquisienne nous faire ses derniers saluts, puis l’ensemble de ce qui est considéré comme l’une des plus belles baies au monde, la baie des Verges rebaptisée Baie des Vierges après l’arrivée des missionnaires. Qui plus est, la luminosité chaude du soleil en fin de journée ajoute un caractère irréel à ce déploiement de la nature révélée dans toute sa splendeur.

LES SCULPTEURS D’OS

JOUR 9 TAHUATA (VAITAHU DE 07H30 À 10H30 ET HAPATONI DE 11H30 À 15H30)

Première activité de la journée en ce dimanche béni des dieux, pour ceux qui le désirent : la messe. Nombre de passagers de l’Aranui 3 se rendent volontiers à l’église catholique de Vaitahu, dans l’île de Tahuata assister à cette célébration se déroulant en langue marquisienne. Les habitants ont revêtu leurs plus belles parures, à commencer par des colliers parfois énormes placés sur la tête. Érigé en 1988 avec l’aide financière du Vatican, l’église bâtie en pierres volcaniques et en bois renferme de magnifiques vitraux.

À deux pas de là, un musée installé dans une salle de la mairie raconte l’histoire de l’île. C’est ici qu’a eu lieu la toute première rencontre entre les Marquisiens et les missionnaires qui allait bouleverser la vie locale. Après une première tentative infructueuse de deux pasteurs protestants, des frères catholiques d’origine française tentèrent une nouvelle évangélisation des Marquisiens une quarantaine d’années plus tard. Ils furent si convaincants qu’en moins d’un demi siècle, ils convertirent les Marquisiens de tout l’archipel.

Non loin du musée se trouve ce qui ressemble à une pierre tombale sur laquelle on peut lire : « Fenua enata, Terre des Hommes. En 1595, elle fut appelée Les Marquises, nom qui la fit connaître au reste du monde. Qu’aujourd’hui, le monde connaisse son nom d’origine. »

Chaque île marquisienne recèle de grands artistes. Ici, ce sont les sculpteurs d’os (principalement de vache de nos jours, d’humains jadis !) qui font la réputation artistique de Tahuata. Certains produisent de véritables oeuvres d’art, avec la même finesse d’exécution qu’un orfèvre.

À peine une heure après le retour sur le navire, nous débarquons de nouveau sur l’île de Tahuata, cette fois à Hapatoni, un minuscule village presque déserté il y a deux décennies, qui a été repeuplé et qui compte aujourd’hui une centaine de personnes. Certains nous attendent au quai avec des colliers en feuillages, d’autres vendent des fruits ou exposent leurs oeuvres sur des étals plantés le long du chemin menant à la place centrale où nous aurons droit à un sympathique barbecue.

Comme l’avait annoncé notre guide la veille lors de la session d’information : « Vous mangerez sur un tronc d’arbre à l’ombre des tamanus. » des vahinés rehaussent l’ambiance avec les chants les plus beaux que j’ai entendus jusqu’à maintenant aux Marquises. Un autre moment inoubliable.

Au moment de retourner à bord de l’Aranui 3, nous constatons qu’une des barges du navire est utilisée pour transporter des habitants du village. un membre d’équipage nous explique que pour nous accueillir aujourd’hui, ils ont retardé leur départ vers un lieu de pèlerinage. Une générosité toute marquisienne.

L'ÎLE AUX CHEVAUX SAUVAGES

JOUR 10 UA HUKA (VAIPAEE, HANE ET HOKATU DE 8H15 À 15H30)

«Nos membres d’équipage sont les descendants des plus grands navigateurs de tous les temps », peut-on lire dans la brochure de promotion de l’Aranui 3. Cette affirmation n’est pas exagérée à la lumière de la manoeuvre qu’effectue en ce lundi matin l’Aranui 3 à l’entrée de la baie de Vaipaee, surnommée la baie invisible parce que très difficile à apercevoir de la mer.

Le navire pénètre dans une étroite passe, s’immobilise un moment, puis fait une rotation complète entre les deux très hautes falaises si proches. Des marins embarqués dans deux petites baleinières bravent les vagues se fracassant sur les rochers pour aller placer une corde d’amarrage sur un pilier érigé au pied de la falaise de chaque côté du navire. L’opération fort risquée se déroule sous l’oeil médusé des passagers devant tant de dextérité de la part des marins.

«L’île de Ua Huka est complètement différente des autres », nous a prévenu notre guide la veille lors de la séance d’information quotidienne. «Ici, les montagnes sont très arides, car

l’île subit des sécheresses s’étalant parfois sur des années.» Ce que nous constatons de visu dès notre arrivée au quai de Vaipaee où nous attend une trentaine de 4 X 4 pour notre deuxième journée-safari de la croisière.

Après avoir visité un autre musée jouxtant la mairie du village et reçu chacun un collier en pierres, nous nous promenons dans l’immense site de l’arboretum de l’île, véritable oasis de verdure dans lequel on trouve plus de 300 variétés d’arbres du monde entier et quelque 150 variétés d’agrumes.

On croise aussi beaucoup de chevaux au gré de nos déplacements. On nous dit que leur nombre surpasse celui des habitants, évalué à quelque 600 personnes. Petits, mais robustes, ces chevaux ont été importés du Chili au 19e siècle.

Une visite dans un charmant musée de la mer abritant quelques pirogues anciennes et dans le centre artisanal attenant proposant notamment de belles sculptures en bois. Puis, un lunch dans un restaurant local. Et enfin, une baignade à la plage ou une autre randonnée sont les activités prévues au programme à Hane. Ce petit village est niché au fond d’une vallée que nous rejoignons après avoir traversé une route sinueuse, d’abord en montagne, puis au sommet de falaises abruptes flirtant avec la mer. double surprise : ici, le sable est blond et l’eau de couleur émeraude. Des enfants déjà dans l’eau s’éloignent de l’autre côté de la plage quand les touristes que nous sommes commencent à envahir l’eau.

À l’horizon, l’Aranui 3 nous attend. Il retournera demain à Nuku Hiva et à Ua Pou, puis prendra le chemin du retour vers Papeete, avec au préalable une seconde escale aux Tuamotu, à rangiroa, royaume des perles noires.

Cet article fait suite à une invitation à bord de l’Aranui 3. Pour plus d’informations, consultez votre conseiller en voyages ainsi que les sites www.aranui.com, www.airtahitinui.com, www.tahiti-tourisme.pf.

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